JFE2022 – Conclusion

Déployer l’usage de la facture électronique nécessite de jouer collectif

Pour clore la journée de la facture électronique du 5 avril dernier, j’ai cherché une image qui pourrait illustrer au mieux la situation et le besoin de rigueur et de collaboration entre tous les acteurs impliqués.

Quand on veut illustrer un jeu collectif, on pense souvent au Rugby, mais il s’agit là plus que d’un jeu et il n’y a pas d’équipe à battre, si ce n’est nous-mêmes dans nos capacités à dysfonctionner collectivement. Alors je vous propose une autre allégorie : celle de la pratique de la musique.

 

Ainsi, imaginez que l’on réunisse une bonne centaine de personnes pratiquant d’un instrument de musique. Pas forcément des professionnels. On les réunit dans une salle de concert avec une seule instruction « Jouez nous quelque chose ».

Il y aura bien quelques courageux pour tenter un début de « quelque chose » justement, et quelques suiveurs pour les accompagner. Par exemple un premier air joué par un violon, se propageant tant bien que mal, pendant que les bois auront une autre inspiration donnant une autre vague, laissant les violoncellistes perdus entre les deux. Les cuivres au fond couvrant l’ensemble, le pianiste faisant comme il le sent, … et encore rien ne dit qu’il y aura spontanément une harmonie à l’intérieur de chaque groupe d’instruments.

On imagine assez vite la cacophonie que ceci peut produire.

 

La première chose à faire pour jouer ensemble est de définir un cadre de description de la musique. La première étape de « normalisation » a été de définir des notes (en tordant d’ailleurs un peu les choses pour arriver à 12 notes equi-distribuées se répétant ensuite par octaves), puis d’adopter une façon de les écrire, et de décrire aussi le rythme et la façon de les enchaîner au travers de partitions. Il s’agit en fait d’une Norme Sémantique qui se décline d’ailleurs de plusieurs façons : en clés de sol, de fa, d’ut. Il y a même plus de subtilités car certains instruments sont accordés dans une tonalité différente, si bien que quand ils lisent un Do, ils jouent un Sib ou un Mib par exemple, nécessitant une conversion des partitions pour rester dans le ton. Ceci peut être vu comme différentes syntaxes pour exprimer le même contenu, comme les formats de facture peuvent être des représentations syntaxiques d’une même Norme Sémantique.

 

Une fois qu’on sait écrire la musique, on peut commencer à s’accorder sur ce qu’on souhaite jouer ensemble, et produire des partitions où chaque instrument aura sa partie, pas forcément identique à son voisin. Ceci correspond à ce qu’on a appelé « cas d’usage », venant enrichir les parties en présence et leurs interactions.

 

Ceci fait, qui a déjà vécu des répétitions de musique en groupe sait que ce n’est pas encore gagné. Au-delà de la nécessité de s’accorder pour ne pas dissoner, il reste un sujet essentiel de tempo, c’est-à-dire de vitesse d’exécution, mais surtout de coordination / synchronisation. A défaut, chacun va commencer comme il le sent, à son rythme, ralentir quand il y a un peu trop de notes, … bref on fait comme on peut. Mais du coup, c’est toujours une sorte de cacophonie.

 

Pour y arriver, il faut que quelqu’un donne le rythme, le maintienne ou le fasse varier si nécessaire. Mais tous les autres suivent, accrochés à la baguette du chef ou de la cheffe d’orchestre, si essentielle.

C’est seulement là qu’on peut arriver à une harmonie et un plaisir pour ceux qui jouent et ceux qui écoutent et observent.

Cerise sur le gâteau, quand l’harmonie est là, les fausses notes, qui peuvent arriver, s’entendent et se distinguent beaucoup mieux, pour une correction immédiate.

 

Pour déployer l’usage de la facture électronique, il en est ainsi presque de même :

  • Il faut un cadre commun de compréhension, avec des diversités de forme. Il s’agit de la Norme EN16931, avec ses évolutions et extensions et quelques formats d’implémentations adaptés à différentes situations (taille des entreprises, usage de formats EDI existants, capacité à produire des lisibles et des données structurées, …).
  • Il faut aussi analyser les cas d’usage, c’est-à-dire les différents morceaux à jouer, avec ses partitions.
  • Il faut ensuite s’astreindre à jouer ce qui est écrit. Ceci n’empêche pas l’improvisation et l’adaptation, mais dans un cadre. Par conséquent, inventer ses règles dans son coin, voire ses formats et les imposer à son écosystème ne peut pas fonctionner durablement et engendre des frictions et des coûts prohibitifs (et ceci s’applique aussi sur les formats propriétaires de e-reporting là où les formats du socle minimal feraient l’affaire). Le meilleur exemple est la multiplication des Portails Fournisseurs ou Clients où l’on vient finalement exiger de ses contreparties, au nom de l’automatisation, un traitement manuel de dépôt / saisie / complétude ou de récupération de ses factures. Ainsi, pour en sortir, l’interopérabilité étendue aux différents cas d’usage répertoriés et au partage du cycle de vie est une condition essentielle de réussite.
  • Enfin, il faut s’inscrire dans un tempo, un rythme, avec une direction et des relais comme le sont les premiers violons, trompette, hautbois, section rythmique, …. C’est le rôle de la réforme et des équipes du Projet Facturation Électronique avec les futurs PDP, OD, solutions de gestion.
  • Une fois ceci mis en place, outre l’efficacité et l’accélération de traitement des factures, les systèmes de gestion seront nourris en information plus riche et plus fiable, permettant la mise en œuvre de fonctionnalités nouvelles d’aide au pilotage opérationnel, détectant les signaux faibles pour une meilleure anticipation.

 

30 ans pour 15% de factures électroniques de données et 20 à 25% de factures PDF, finalement avec peu de valeur ajoutée comparé au papier. Il est temps de siffler la fin de la récréation, pour tous, et de passer de la cacophonie à une certaine harmonie (restons modestes). C’est l’affaire de chacun pour jouer collectif.

 

Cyrille Sautereau

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